samedi 18 mai 2013

HOYNINGEN HUENE



Regard sur Georges Hoyningen Huene, maître de la lumière et du cadrage en noir et blanc des années 20 aux années 60. Exilé de la révolution russe, bohème chic de Londres, Paris et New-York il fréquenta la crème de l'entre-deux guerres et associa son nom à celui de Horst, amant, égérie, et futur maître de la photographie. Ses portraits de Cecil Beaton, Nathalie Paley, Lee Miller, Serge Lifar et d'autres modèles sortis de Vogue ou Harpers Bazaar.. affirment un art du classicisme et de la ligne sublimée qui étonnent par leur modernité et leur force minimaliste. Une référence absolue dans le domaine esthétique qui mérite d'accéder à une plus grand notoriété avec une grande exposition internationale et itinérante très attendue.



















samedi 11 mai 2013

TABU


Le film "TABU" du portugais Miguel Gomez surgit des eaux mornes de la cinématographie actuelle, tel un " crocodilo melancolico" pour nous engloutir dans sa poésie envoûtante et nous lacérer le coeur.
Sa sortie dans de nombreux festivals internationaux a été couronnée par des prix prestigieux et des critiques dithyrambiques n'hésitant pas à user des mots "splendeur", "sublime", "chef d'œuvre"... Après avoir vu TABU deux fois à deux jours de distance, je peux affirmer qu'il s'agit d'un des films les plus  subtils et fascinants que j'ai vu ces dernières années.




Construit en deux volets, "paraiso perdido" et "paraiso", le film met en perspective deux époques et deux espaces. D'un côté le Portugal contemporain où des dames trop solitaires et trop abandonnées vivent leurs derniers échanges affectifs, marqués par l'échec, le "desencontro" et l'amertume : Aurora, vieille dame paranoïaque et mythomane gardée par une dame cap-verdienne, Santa, et Pilar, la voisine au  grand cœur soucieuse des autres et de tisser des liens dans une humanité qui se défait. Ces trois solitudes dans le voisinage d'une Lisbonne grise et désabusée vont entrechoquer leur désarroi et exprimer malgré elles toute leur détresse de "vieilles dames" oubliées par la vie, la vraie vie, celle du paradis perdu des amours et des affects.






Le second volet radicalement opposé nous plonge par un effet de flash-back dans une colonie lusitane en Afrique. Là  se joue une passion transgressive entre une femme mariée, Aurora cinquante ans plus jeune, et GianLucca un trop bel aventurier. Cette passion fatale où intervient un curieux petit crocodile, sera elle aussi vouée à l'échec. Ces deux espace/temps réliés par la narration en voix-off d'un GianLucca vieilli, font résonner les thèmes de l'amour brisé, du temps qui passe, de la solitude sur fond de décadence portugaise et mondiale.





Tout un climat propice à la saudade made in Portugal se déploie dans cette œuvre avec une audace époustouflante dans l'utilisation de recours obsolètes : l'esthétique granuleuse du noir et blanc, la bande-son mêlant ambiance tropicale, musique sixties et variations bossa-novesques; la littérarité des dialogues et des récits en voix-off.... autant de raffinements auxquels les réalisateurs d'ordinaire rechignent par crainte du ridicule. Miguel Gomez lui s'adonne à ces pulsions stylistiques du mélodrame avec une ironie douce-amère et réalise un chef-d'œuvre hypnotique semé de références à l'histoire d'un cinéma oublié ( Murnau évidemment mais bien d'autres aussi). 





Il faut un certain temps pour que TABU lâche sa proie : le spectateur se laisse prendre à ses charmes cruels et retourne se jeter dans le fleuve sombre, lent et sinueux de la pellicule. Pour peu que l'on ait enfoui dans le marécage de sa mémoire, une zone d'amour tropicale et une passion secrète - le film achève de nous ensorceler et de faire remonter tous les crocodiles du passé.

TABU TRAILER  ici commence l'envoûtement.




mercredi 1 mai 2013

LE MYSTÈRE DE JEAN L'OISELEUR


Extraits de l'excellent article de la Radio tchèque en France
ARTICLE 

"Le cycle « Le mystère de Jean l'Oiseleur » avec le sous-titre « Les Monologues », a été créé en 1924 à l'hôtel Welcome à Ville-sur-Mer. En se regardant dans un miroir, Jean Cocteau a créé une série de trente autoportraits qui allait être publiée une année plus tard, grâce à une technique de reproduction spéciale - la phototypie. Certaines reproductions ont été colorées par l'auteur au pastel. Le commissaire de l'exposition Ondrej Chrobak évoque la genèse douloureuse de cette oeuvre :

« Le cycle a vu le jour dans les circonstances qui avaient ébranlé la vie du poète. En décembre 1923 est mort Reymont Radiguet, poète et ami, lié avec Cocteau par de fortes attaches intellectuelles. Profondément bouleversé par cette mort et cherchant à échapper à la douleur et au désarroi sentimental, Jean Cocteau commence, déjà au début de 1924, à fumer très intensivement de l'opium. La première réaction aux sensations psychédéliques que cette drogue a provoquée en lui, a été son recueil « L'Opium ». Et même les dessins réalisés dans sa confrontation avec le miroir, ont été créés sous l'influence de cette drogue. Il s'agit d'une espèce de réflexions intérieures, des autoportraits complétés de textes de natures diverses. Il y a des sentences philosophiques, des réflexions intellectuelles sur la création artistique, sur des situations de la vie du poète et aussi des références à sa liaison avec Radiguet... »



« Les trente planches qui suivent ne dénoncent aucune vanité. Le hasard d'une chambre d'hôtel a placé ma table devant l'armoire à glace, écrit Jean Cocteau dans la préface du cycle. J'étais seul. Je cherchais les nombreuses manières de résoudre un visage ; or, comme depuis longtemps Edouard Champion me demande une oeuvre à reproduire manuscrite et que je n'écris plus, j'ajoutai quelques notes en marge pour lui faire une surprise. »





« Les dessins de Jean Cocteau sont influencés par la création de Pablo Picasso.On y décèle cependant aussi des influences d'André Masson, de l'art surréaliste et des tableaux du peintre du quattrocento italien Paolo Ucello qui figurait à l'époque dans les réflexions sur le cubisme du poète Guillaume Apollinaire. »







« Tous mes amis sont morts, écrit-il en marge d'un dessin. Mes amis où êtes- vous? Comment vient-on ? Tendez-moi une main d'ombre. » « Ronsard, Mozart, Ucello, Saint-Just, Radiguet, mes amis ensoleillés, j'aspire à vous rejoindre. » Ailleurs il évoque sa vocation de l'écrivain et les ravages qu'elle provoque dans son état psychique. « Ne dîtes pas « notre métier », s'il vous plaît, demande-il à ses interlocuteurs invisibles. Le vôtre vous fait vivre, le mien me tue. »